L’ÉGLISE est-elle PAUVRE ou RICHE ?

Publié le 24 janvier 2018

On vous dit tout…

La majorité des Français (52%) pensent que l’Église est riche. Cette perception puise sans doute sa source dans l’histoire, avec la grande richesse matérielle qu’a pu connaître l’Église par le passé. C’est une opinion pourtant bien éloignée de la réalité actuelle. Non, l’Église n’est pas riche. Explications.

Un patrimoine religieux impressionnant

En effet, lorsqu’on pense aux finances de l’Église en France, on se représente souvent les milliers d’édifices religieux somptueux, regorgeant de magnifiques oeuvres d’art, d’objets cultuels étincelants et de vêtements liturgiques brodés au fil d’or… On pense aussi au Vatican, qui aurait en sa possession des trésors cachés et en ferait profiter toute la sphère catholique mondiale…

Qu’en est-il réellement ?

Eglise Saint Etienne du Mont – Paris

Il est important de distinguer deux choses : le patrimoine visible de l’Église catholique d’une part, et son “pouvoir d’achat” d’autre part. Expression dérangeante à première vue lorsqu’elle est appliquée à une institution religieuse, mais pas moins vraie, car l’Église catholique est un organisme qui emploie à son service des hommes et des femmes, religieux ou laïcs, pour aider chaque personne à avancer, par différents moyens, dans son chemin de foi. Ces salariés de l’Église ont les mêmes besoins que n’importe quel être humain au quotidien, et pallier ces besoins a un coût.

 

“Tout travail mérite salaire”
Luc 10.7

 

 

L’Église et le Vatican

75% des Français pensent que le Saint-Siège apporte des soutiens financiers aux paroisses du monde entier. En vérité c’est plutôt l’inverse : l’Église ne perçoit aucun financement de la part du Vatican mais ce sont les églises locales qui apportent leur contribution aux finances du Saint-Siège, par le biais d’une quête annuelle appelée “le Denier de Saint Pierre”.

Concernant le fameux trésor abrité au Vatican, pas de pièces d’or ou de pierres précieuses dans un coffre, mais un patrimoine culturel inestimable et invendable. On imagine mal le Saint-Père mettre une annonce sur Leboncoin “Vend Pietà, superbe sculpture en marbre réalisée par Michel-Ange en 1499 et abritée actuellement dans la Basilique Saint Pierre au Vatican”.

L’État verse-t-il des soutiens financiers à l’Église en France ?

La séparation des Églises et de l’État

Entre la France et l’Église catholique, c’est une longue histoire… La période révolutionnaire de 1789 en constitue une page douloureuse et cruelle. Elle conduit, après moult accrochages au fil des décennies, à une fracture entre l’Église et sa fille aînée, concrétisée par la loi de Séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, toujours en application aujourd’hui.

“La République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte”
Article 2 de la loi de séparation des Églises et de l’Etat – 9 décembre 1905

Sur le plan financier, la loi a deux conséquences majeures : les prêtres et les évêques ne sont plus rémunérés par l’État ; et les biens précédemment détenus par l’Église deviennent la propriété de l’État. Ce dernier se réserve tout de même le droit de les confier gratuitement aux représentants de l’Église en vue de l’exercice religieux.

Cependant, les dizaines d’églises et de bâtiments construits après la loi de 1905 sont à la charge des paroisses et des diocèses et entraînent des dépenses très importantes : réfections, entretiens, impôts… À noter qu’un diocèse ne peut durablement, selon ses statuts, posséder des immeubles qui lui rapportent. Il n’a le droit de posséder que des immeubles nécessaires à ses propres activités.

Alors… D’où vient ce décalage entre les richesses supposées de l’Église catholique et les véritables difficultés financières qu’elle rencontre au quotidien ?

70% des Français estiment que l’Église ne parle pas assez clairement de sa situation financière. En effet en France, on critique fréquemment une certaine opacité, voire un goût du secret de l’Église. L’explication de cette discrétion pourrait venir du fait que certains membres du clergé vivraient, consciemment ou non, avec le souvenir des spoliations des biens de l’Église effectuées pendant la révolution et répugneraient donc à la transparence, par crainte de se voir un jour confisquer des biens à nouveau. On peut parler d’un véritable traumatisme pour l’Église.

Elle se trouve donc confrontée à un paradoxe : si elle ne parle pas assez d’argent, on lui reproche son manque de clarté ; et si, au contraire, elle tient un discours fort sur ses besoins financiers, on lui reproche de parler trop d’argent et de manquer ainsi à l’idéal de pauvreté évangélique. Le Père Paul Valadier, prêtre et écrivain, docteur en théologie et en philosophie, évoque une « question de censure au sens psychanalytique du terme : les gens ne veulent pas mêler religion et argent ».

Il est temps de briser quelques tabous : de nombreux diocèses sont confrontés à des difficultés économiques importantes, c’est une réalité

Malgré la grande générosité des fidèles, à Paris, une paroisse sur deux n’équilibre pas son budget. Rappelons en effet que les diocèses disposent de 5 ressources principales, provenant toutes de la bonté des paroissiens : le Denier de l’Église, les quêtes, le casuel (offrandes réalisées à l’occasion des mariages, baptêmes, obsèques…), les offrandes de messe et les legs (transmission de biens d’un défunt à une personne physique ou morale).

 

Voir article : C’est quoi le Denier de l’Église ? Cliquez ici

 

Mon Église ne connaîtra pas la crise

L’Église a en sa possession beaucoup d’édifices religieux, qui constituent un patrimoine très important et magnifique. Mais ces bâtiments engendrent des frais perpétuels et l’Église se retrouve confrontée à un manque cruel de liquidités pour subvenir à toutes les dépenses auxquelles elle doit faire face. Les dons provenant de la générosité des fidèles sont donc essentiels pour entretenir et propager le message chrétien.

Nous devons réaliser que la dimension spirituelle de la foi n’abroge pas la réalité matérielle de l’Homme. L’Église n’est pas une entité abstraite. L’Église, c’est nous.

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